La posture de Trump vis-à-vis de ses alliés illustre un fait universel : dans toute filière économique, l’acteur dominant peut avoir deux rôles, moteur ou profiteur et les autres acteurs se doivent de tenir compte de cette différence d’attitude pour leur propre pérennité. Et vous quel est le dominant de votre filière ? Quel posture adopte-t-il ? Y êtes-vous préparé ?

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Dans chaque filière économique comme dans chaque écosystème, un acteur dominant s’impose. Son rôle clé et son poids économique lui permet de capter une part majeure de la valeur ajoutée créée par l’ensemble des maillons. Mais l’impact du dominant varie selon son attitude :
- Le « moteur stratégique » comprend que sa prospérité dépend de celle de la filière. Il la structure, développe son marché, investit dans ses partenaires et offre un cadre stable. Des maisons de luxe comme Vuitton ou Hermès en sont l’exemple, maintenant un réseau de sous-traitants aux savoir-faire précieux, les accompagnant dans leur développement, et sécurisant leur avenir en prenant parfois des participations minoritaires dans leur capital.
- Le « profiteur » privilégie son propre intérêt au détriment de son environnement. Dans les années 1990, certaines enseignes de la grande distribution ont imposé des prix bas à leurs fournisseurs, provoquant leur asphyxie financière et fragilisant toute la filière, créant un cercle vicieux dont elles ont elles-mêmes fini par pâtir.
Le « profiteur » privilégie son propre intérêt au détriment de son environnement [Tandis que] le « moteur stratégique » comprend que sa prospérité dépend de celle de la filière. Il la structure, développe son marché, investit dans ses partenaires et offre un cadre stable.
Pendant longtemps, les États-Unis ont agi en moteur stratégique du monde occidental, favorisant l’ouverture des marchés et structurant un cadre économique stable. Ce leadership, même s’il servait leurs intérêts, garantissait une prospérité partagée et consolidait leur domination économique à l’échelle mondiale.
Cependant, avec Trump, ce rôle s’efface au profit d’une approche plus individualiste. En remettant en cause les accords multilatéraux, en durcissant les relations commerciales avec leurs alliés historiques (Canada, Mexique, Union Européenne), et en se retirant d’institutions internationales, les États-Unis semblent désormais privilégier une posture de profiteur.
À court terme, cette approche peut sembler gagnante : elle permet de renégocier les accords à leur avantage et d’optimiser leurs bénéfices immédiats. Pourtant, l’histoire économique montre que lorsqu’un dominant affaiblit son écosystème, il se fragilise lui-même. Un dominant isolé est un dominant vulnérable. En attaquant le multilatéralisme et en affaiblissant ses partenaires, l’Amérique prend le risque de compromettre son hégémonie à long terme.
L’histoire économique montre que lorsqu’un dominant affaiblit son écosystème, il se fragilise lui-même. Un dominant isolé est un dominant vulnérable.
Mais la question dépasse le cas des États-Unis. Une filière non structurée devient fragile, incapable d’anticiper les crises et de s’adapter aux évolutions du marché. Lorsqu’un retournement survient, l’ensemble de l’édifice s’effondre tel un château de cartes.
L’exemple des vins de Bordeaux en est une illustration frappante. Pendant des décennies, la filière a prospéré, portée par la réputation de grandes appellations comme Mouton Rothschild ou Cheval Blanc. Mais l’absence de « gendarme stratégique » structurant la filière a conduit à des dérives : traitements excessifs, classifications ne reflétant plus la qualité réelle, etc. Avec l’émergence de nouveaux producteurs et l’évolution des goûts des consommateurs, la roue a tourné et aujourd’hui, des vignes sont arrachées dans le Bordelais.
La question dépasse le cas des États-Unis. Une filière non structurée devient fragile, incapable d’anticiper les crises et de s’adapter aux évolutions du marché. Lorsqu’un retournement survient, l’ensemble de l’édifice s’effondre tel un château de cartes [… A l’inverse] une filière forte repose sur des dominants capables de dépasser leurs intérêts immédiats pour penser à long terme.
Une filière forte repose sur des dominants capables de dépasser leurs intérêts immédiats pour penser à long terme. C’est une question centrale pour toute entreprise souhaitant s’inscrire dans la durée. Il est donc essentiel de se poser trois questions stratégiques fondamentales :
- Le dominant de mon secteur est-il moteur ou profiteur ?
- Ma filière est-elle suffisamment structurée pour affronter les défis à venir avec résilience ?
- Comment intégrer l’état de ma filière et la posture de mon dominant dans ma stratégie ?
Répondre à ces questions permet de s’adapter, d’anticiper et de garantir la pérennité. Seules les filières structurées dont le dominant joue le rôle de moteur survivent aux secousses économiques. Les autres, insuffisamment préparées ou trop opportunistes, finissent inévitablement par vaciller.